Je me déteste sur les photos : comment les regarder sans se juger

On se déteste souvent sur les photos pour deux raisons : le miroir inverse notre visage et le regard cherche le défaut avant de voir la personne. Je suis photographe et j'aime être photographié. Pendant ma formation à la photographie thérapeutique j'ai pourtant découvert mes images avec des réactions très différentes d'une photo à l'autre. Si vous pensez "je me déteste sur les photos" ou si vous ne vous y reconnaissez pas, voici cinq gestes pour les regarder autrement.

Que se passe-t-il quand on découvre sa photo ?

Une fois la séance photo terminée et les photos retouchées, la galerie arrive et la première image s’ouvre. En quelques secondes, le regard part chercher ce qui ne va pas : le sourire un peu figé ou ce pli qu’on ne voit jamais dans le miroir. Le reste de la photo s’efface. L’image devient un examen que l’on passe. Et il n’est jamais très positif pour soi-même.

Pourquoi je ne ressemble pas à mes photos ?

Depuis toujours on regarde son visage dans un miroir. Or le miroir l’inverse : on le connaît dans le sens contraire de celui que voient les autres. Aucun visage n’est parfaitement symétrique. La version qu’on a l’habitude de regarder n’est donc pas celle de la photo.

En 1977 des chercheurs (Mita, Dermer et Knight) ont présenté à des participants deux versions de leur propre portrait : la photo réelle et la même photo inversée comme dans un miroir. Les participants préféraient la version inversée alors que leurs proches préféraient la version réelle. Chacun aimait ce qu’il avait l’habitude de voir. On appelle cela l’effet de simple exposition.

L’étude de 1977 est ancienne et ne dit pas tout. Une étude publiée en 2024 va dans le même sens : les chercheurs (Suchow et al.) observent que les images non inversées sont perçues comme moins semblables à soi et moins agréables que les images inversées. L’effet disparaît quand il s’agit d’amis proches. Le sentiment de ne pas se ressembler en photo tient donc en partie à l’habitude.

Si votre malaise vient plutôt de la pose et du trac devant l’objectif, j’en parle dans l’article Je ne suis pas photogénique.

Comment les autres nous voient-ils ?

Les personnes qui vous connaissent ne voient pas un visage figé sur une image. Elles voient un visage qui bouge et qui parle. Devant votre photo elles cherchent d’abord quelqu’un qu’elles reconnaissent.

Boris Volck assis dans un fauteuil, mains jointes : se regarder en photo quand la pose est trop connue
© Priscilla Gissot

Comment se regarder en photo sans se juger ? Cinq gestes

  1. Laissez passer du temps. Le jugement des premières secondes n’est pas le bon. Fermez la galerie et revenez le lendemain.
  2. Regardez la série avant de zoomer. Une photo se lit dans un ensemble. Zoomer sur un détail est le plus sûr moyen de passer à côté de la personne.
  3. Retournez l’image. La plupart des applications et des logiciels le permettent en un geste. Regardez si votre impression change.
  4. Montrez la photo à un proche. Demandez-lui laquelle vous ressemble le plus. Votre proche vous voit dans la vie et pas dans un miroir.
  5. Changez de question. Plutôt que de vous demander si vous vous trouvez bien, demandez-vous ce que cette image vous fait ressentir.

Ce que j’ai vécu en regardant mes propres photos

Les premières images de ma séance reprenaient des poses que j’avais déjà faites. En les regardant je n’ai rien ressenti de particulier. Elles étaient réussies mais neutres : elles ne m’ont rien fait vivre ni de positif ni de négatif.

Puis la séance a avancé. D’autres images m’ont touché. Je m’y voyais sensible et sûr de moi : une image différente de celle que je vois d’habitude.

Une photo neutre n’est pas une mauvaise photo. Elle ne raconte simplement rien de nouveau. C’est en passant de l’autre côté de l’objectif que j’ai compris ce qu’une image peut faire ressentir.

Portrait de Boris Volck de profil, veste bleue ouverte : quand on ne se reconnaît pas en photo, une autre image de soi
© Priscilla Gissot

Le visionnage : découvrir ses photos avec le photographe

Jusqu’à présent j’envoie à mes clients une galerie privée qu’ils découvrent seuls. Pour les séances des particuliers je mets en place un temps de visionnage : nous découvrons les photos ensemble, sur grand écran.

Je n’ai pas encore de retours de clients à partager sur ce moment. Ce que je raconte dans cet article vient de ma propre expérience pendant ma formation.

En formation les personnes se découvrent sur un grand écran dans des photos retouchées avec des poses et des expressions qu’elles n’ont pas l’habitude de voir dans le miroir ou sur leurs photos de tous les jours. Se voir ainsi sous le regard du photographe permet de comprendre comment on est vu par les autres. Il y a eu des larmes parfois. L’étonnement aussi ou des prises de conscience plus silencieuses.

Dans mon prochain article je vous explique ce qu’est la photographie thérapeutique.

Portrait noir et blanc de Boris Volck, yeux fermés : regarder ses photos sans se juger, ressentir plutôt que comparer
© Priscilla Gissot

FAQ

Est-ce normal de se détester en photo ?

Se détester en photo est très courant et ne dit rien de la valeur de la photo ni de la vôtre. Si ce malaise est fort ou s’il s’étend à d’autres moments de votre vie, parlez-en à un professionnel de santé.

Pourquoi je ne me reconnais pas en photo ?

Vous ne vous reconnaissez pas en photo parce que vous vous connaissez surtout à travers un miroir qui inverse votre visage. L’habitude vous fait préférer cette version.

Pourquoi je ne m’aime pas en photo ?

Ne pas s’aimer en photo tient souvent à la tension devant l’objectif et à l’habitude de chercher le défaut. La version inversée de votre visage dans le miroir y contribue aussi. Pour prendre du recul, laissez passer du temps et regardez la série entière avant de juger une seule image.

Est-ce de la dysmorphophobie ?

Détester ses photos n’est pas un diagnostic. Seul un professionnel de santé peut poser la question. Si votre image vous préoccupe au point de gêner votre quotidien, parlez-en à un médecin ou à un psychologue.

Comment aimer ses photos ?

Il n’est pas nécessaire de toutes les aimer. Certaines vous toucheront et d’autres vous laisseront neutre. C’est normal.