Que peut changer une image dans un travail sur soi ?
Au quotidien on se voit de l’intérieur : avec ses habitudes, ses doutes et tout ce qu’on sait de soi. Une photo nous montre de l’extérieur, à un moment précis, telle qu’une autre personne nous a vus. Ce décalage peut déranger. Il peut aussi ouvrir quelque chose.
- Se voir autrement. Une image peut contredire l’idée qu’on se fait de soi. On se découvre plus fort, plus doux ou plus présent qu’on ne le pensait.
- Mettre des mots sur une émotion. Devant une photo on dit souvent ce qu’on n’arrivait pas à formuler. L’image sert de point d’appui à la parole.
- Garder une trace. Une photo fixe un moment de sa vie. Des mois plus tard elle rappelle d’où l’on vient et le chemin parcouru.

Photothérapie, photo-thérapie, photographie thérapeutique : quelle différence ?
Trois mots très proches désignent des pratiques différentes.
- La photothérapie est un soin par la lumière utilisé en médecine, par exemple en dermatologie ou en luminothérapie. Elle n’a rien à voir avec la photographie.
- La photo-thérapie désigne l’utilisation de photos par un professionnel de santé mentale dans le cadre d’une thérapie. La psychologue et art-thérapeute canadienne Judy Weiser, pionnière de ce domaine, en décrit cinq techniques : les photos prises par la personne, celles prises d’elle par d’autres, les autoportraits, les albums de famille et la manière dont chacun projette sa propre histoire sur une image.
- La photographie thérapeutique est une démarche de mieux-être qui ne nécessite pas de thérapeute. On y crée, on y pose et on y regarde des images pour mieux se connaître.
Dans les deux derniers cas, c’est l’image qui aide à faire le travail. La différence tient au cadre et à la personne qui accompagne.
Quelles approches de la photographie au service du mieux-être ?
En France, deux femmes ont largement contribué à faire connaître ces pratiques. Elles ont d’ailleurs écrit ensemble le livre « Photographie thérapeutique et photo-thérapie : cadre, définition et outils ». Leurs approches sont différentes et complémentaires.
Priscilla Gissot : se voir avec un autre regard
Priscilla Gissot est photographe à Toulon depuis 2009. Elle se présente comme « photographe accompagnante » et non comme thérapeute. Depuis 2012 elle a construit des séances estime de soi, d’abord pensées pour les femmes avec sa séance signature « Être une femme » puis ouvertes aux adolescents et aux hommes. Le but : « s’autoriser à être soi, sans jugement », se voir avec un autre regard et repartir avec des images fortes qui restent. Elle oriente vers des thérapeutes quand c’est nécessaire et reçoit souvent des personnes qui viennent clore un travail déjà engagé ailleurs.
J’ai suivi sa formation ESTIM à Toulon en septembre 2026. C’est là que j’ai découvert l’expérience de l’autre côté de l’objectif, que je raconte dans l’article Je me déteste sur les photos.
Élodie Sueur-Monsenert : la prise de conscience passe par le corps
Élodie Sueur-Monsenert se présente comme photo-thérapeute. Elle parle d’une « thérapie du corps et de l’image » et de libération émotionnelle : se confronter avec douceur à son image pour dénouer ce qui bloque. Pour elle, « la prise de conscience passe par le corps ». Elle travaille notamment sur le rejet de soi, les troubles de l’image du corps ou les mémoires traumatiques.
La première approche valorise. La seconde fait émerger ce qui était caché. Les deux partent du même constat : l’image que l’on a de soi pèse sur la manière dont on vit.
Qu’est-ce que la libération émotionnelle en photo ?
Plusieurs praticiens emploient ce terme pour décrire ce qui peut se passer pendant une séance ou au moment de découvrir ses images. Pendant ma formation j’ai vu des larmes, de l’étonnement et des prises de conscience silencieuses (mais pas que !). Cela peut aussi passer par la colère, le soulagement ou le rire.

Une émotion qui remonte n’est ni un échec ni une guérison. C’est un signal. Ce qui compte, c’est la manière dont elle est accueillie : prendre le temps, ne pas parler à la place de la personne, ne pas chercher à tout expliquer. Parfois cette émotion mérite d’être reprise avec un professionnel. C’est pour cela que le cadre est si important.
Pourquoi le photographe n’est-il pas thérapeute ?
Je le dis simplement : je ne suis pas thérapeute. Un appareil photo et une formation ne donnent ni les compétences ni le statut pour soigner.
En France le titre de psychothérapeute est protégé par la loi. Il est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes, après une formation en psychopathologie clinique. Un photographe formé à la photographie thérapeutique reste un photographe.
Un photographe qui travaille dans ce cadre :
- n’interprète pas ce que vit la personne et ne pose aucun diagnostic ;
- garde les images privées sauf accord exprès ;
- sait s’arrêter quand une séance va trop loin ;
- oriente vers un professionnel quand c’est nécessaire.
C’est la ligne que je me fixe.
Pourquoi photographes et thérapeutes ont-ils intérêt à travailler ensemble ?
Le photographe voit une personne pendant quelques heures. Le thérapeute la connaît dans la durée : son histoire, ses fragilités et l’étape où elle se trouve. C’est lui qui peut dire si une séance photo a du sens maintenant ou s’il vaut mieux attendre.
L’image peut alors devenir un appui dans le travail engagé : un moment où l’on se voit, que l’on pourra reprendre ensuite avec son thérapeute. Chacun reste à sa place.

Je souhaite rencontrer des thérapeutes à Bordeaux (psychologues, psychothérapeutes, psychopraticiens, accompagnants du deuil ou des soins de support) pour réfléchir avec eux à la place que l’image peut prendre dans leurs accompagnements. Si ce sujet vous parle, écrivez-moi : je viens d’abord pour écouter.
FAQ
La photographie peut-elle remplacer une thérapie ?
Non. La photographie peut accompagner un travail sur soi mais elle ne remplace pas une thérapie. Un photographe n’a ni la formation ni le statut pour soigner. Si vous traversez une période difficile, parlez-en d’abord à un médecin ou à un psychologue.
Qu’est-ce que la photographie thérapeutique ?
La photographie thérapeutique est une démarche de mieux-être qui utilise la séance photo et la découverte de ses images pour mieux se connaître et changer le regard que l’on porte sur soi. Elle se pratique sans thérapeute, souvent avec un photographe formé à cet accompagnement.
Quelle différence entre photothérapie et photographie thérapeutique ?
La photothérapie est un soin par la lumière utilisé en médecine, par exemple en dermatologie. La photographie thérapeutique utilise des images pour le mieux-être. On parle de photo-thérapie quand un professionnel de santé mentale utilise des photos dans une thérapie.
Que peut provoquer le fait de se découvrir en photo ?
Se découvrir en photo peut provoquer de l’étonnement, de la gêne, de la fierté, des larmes ou une prise de conscience. Ces réactions sont normales. Elles demandent du temps et un cadre bienveillant pour être accueillies.
Un photographe peut-il se dire thérapeute ?
Non. En France le titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes. Un photographe formé à la photographie thérapeutique accompagne un moment de mieux-être : il ne soigne pas.
Et si on créait ensemble ?
Vous avez une idée, un besoin, parfois juste une intuition ? On en parle.
C’est dans ces premiers échanges que naissent les images qui vous ressemblent vraiment.