Pourquoi Fuji : mon matériel, ma philosophie photo

Le talent d'un photographe, c'est son regard sur le monde, sa sensibilité et sa capacité à raconter quelque chose. Le matériel n'y change rien — ou presque. Il en est le prolongement, l'outil qui traduit ce regard sans le trahir. C'est le sens de mes douze années passées avec Fujifilm.

Le matériel comme extension du regard

On me demande souvent pourquoi je m’attache autant à mon matériel alors que le talent d’un photographe ne se résume pas à son boîtier. C’est vrai et c’est faux à la fois : un bon appareil ne fait pas une bonne photo mais un appareil qui correspond à sa manière de voir aide à la faire.

Cette cohérence, je la connais depuis mes débuts en argentique, avec des boîtiers où une molette règle la vitesse et une bague sur l’objectif l’ouverture. Les boutons et les molettes remplaçaient les menus et permettaient un réglage instinctif et instantané.

Un boîtier trop encombrant ou des menus trop profonds créent une distance entre le photographe et l’instant. Le matériel doit rester cohérent avec cette manière de travailler pour laisser toute la place au regard.

C’est cette cohérence que j’ai retrouvée chez Fujifilm avec mes boitiers : le X-H2S, le X-T5 et le X-Pro3. Trois boîtiers différents et trois usages différents, mais une même philosophie : des appareils pensés pour qu’on les oublie une fois en main.

chauffeur Grab en veste verte et passagère âgée assis sur un scooter dans une rue animée de Hanoï, photographie de rue Fujifilm
Preset basé sur Classic Chrome, sans retouche ultérieure

Les molettes et l’ouverture sur l’objectif : revenir au geste photographique

La première chose qui frappe quand on prend un Fuji en main, c’est une ergonomie très proche de l’univers argentique. Une molette pour régler la vitesse, une bague d’ouverture sur l’objectif et une autre molette pour la compensation d’exposition.

Ce choix change la manière de photographier. On règle sa vitesse d’un geste sans regarder un écran. On ouvre ou on ferme son ouverture directement sur l’objectif, comme sur les boîtiers argentiques.

Ce retour au geste a une vraie utilité sur le terrain, en reportage ou en portrait, quand la lumière change vite ou que l’on veut adapter sa profondeur de champ ou sa photo au mouvement dans l’a scène’image. On sent son réglage du bout des doigts et on garde les yeux sur la scène plutôt que sur l’écran.

Ces boîtiers restent très paramétrables, comme beaucoup d’appareils professionnels aujourd’hui. Mais chez Fujifilm, cette personnalisation s’ajoute aux commandes physiques, elle ne les remplace pas.

Ce choix d’ergonomie reflète une philosophie : donner au photographe des commandes physiques plutôt que des automatismes qui décident à sa place –ce qui reste néanmoins possible. Il y a aussi, chez beaucoup de photographes technophiles, un vrai plaisir à manipuler un bel appareil — un aspect plus personnel que professionnel, mais qui ajoute au plaisir de photographier.

chariots de supermarché empilés contre un mur carrelé à Mériadeck, Bordeaux, photographie de rue Fujifilm
Preset « Portra 400 », jpg issu du boitier, sans retouche ultérieure

Les recettes JPEG et l’héritage argentique

Pour mes photos personnelles, je travaille toujours en JPEG – ou HEIC selon le boîtier. Ça surprend souvent, dans un métier où le RAW est la norme. Mais chez Fujifilm, ces formats produisent des images qualitatives : c’est la concrétisation d’un traitement d’image pensé par les mêmes ingénieurs qui ont aussi conçu les pellicules argentiques de la marque. C’est ce qu’on appelle la science de la couleur Fuji.

Chaque simulation de film reprend le rendu d’une pellicule existante. Le Classic Chrome évoque les diapositives des reportages des années 1970, le Provia reste la référence neutre et fidèle, l’Acros donne un noir et blanc dense et contrasté proche des meilleures pellicules argentiques noir et blanc. Ces rendus ne sont pas de simples filtres : ce sont des rendus colorimétriques complets, avec leur propre gestion du contraste et de la teinte.

Sur mes appareils, je configure mes propres recettes photo – aussi appelées presets – en combinant simulation de film, balance des blancs, contraste, gestion de l’histogramme et grain. Il en résulte des photos avec un vrai caractère qui sortent directement du boîtier, prêt à être partagées, sans passer par un logiciel de retouche. On peut trouver sur le net des sites qui répertorie des centaines de recettes couleur et noir et blanc. C’est aussi la raison du succès grandissant de la marque.

Cette approche fonctionne très bien pour mon travail personnel mais pas pour mes projets professionnels. Sur un reportage ou un portrait pour un client, je travaille en fichier RAW, pour garder toute la marge de retouche nécessaire. Ça ne veut pas dire que je laisse de côté les rendus pellicule pour autant. J’utilise une simulation au moment de la prise de vue — souvent le Classic Chrome ou le Provia, plus rarement l’Acros, un projet pro se prêtant peu au noir et blanc direct — et je la retrouve ensuite dans mon logiciel de retouche, Capture One, qui reproduit ces couleurs de façon plus fidèle que Lightroom. J’aurai l’occasion d’y revenir dans un prochain article consacré au choix de mon logiciel de retouche.

APS-C ou plein format pour bien débuter ?

C’est la question qui revient le plus souvent chez les personnes qui démarrent en photo. Faut-il investir tout de suite dans un plein format ou commencer avec un capteur APS-C ?

Ma réponse est claire : l’APS-C, et Fujifilm en particulier, reste le meilleur point de départ pour la grande majorité des débutants. Les boîtiers sont plus compacts, les objectifs plus légers et moins coûteux et la qualité d’image des capteurs actuels dépasse largement ce qu’exige un usage courant, même exigeant.

Le plein format apporte un vrai gain sur la profondeur de champ mais il a aussi un coût : boîtiers plus lourds, objectifs plus chers, budget total qui grimpe très vite. Pour un débutant, cet argent est souvent mieux investi ailleurs — dans un bon objectif à focale fixe plutôt que dans un capteur plus grand.

Le format n’est jamais le facteur limitant en début de parcours. C’est la pratique, la compréhension de la lumière et la régularité qui font progresser. Un capteur APS-C bien utilisé produira toujours de meilleures photos qu’un plein format qui reste sur le mode automatique.

En utilisation quotidienne ou occasionnelle, il y a aussi la question du poids du matériel. Entre un plein format avec un zoom et un APS-C avec une focale fixe, on passe de 2,5 kg autour du cou à moins d’1 kg. Croyez-moi qu’au bout de 2h on chérit son petit appareil photo léger.

Portrait professionnel entrepreneur Bordeaux — Natalia Monfort, Optimize & Cie, photographe Boris Volck.
Photo RAW retouchée sur Capture One

Quel objectif choisir pour débuter

Le conseil que je donne le plus souvent va à l’encontre d’une idée reçue : ne mettez pas trop d’argent dans le boîtier. Investissez plutôt dans un bon objectif à focale fixe.

Une focale fixe à grande ouverture apprend à composer en réfléchissant plutôt qu’en zoomant avec une simple bague sur l’objectif.

Il est donc plus formateur de « zoomer avec ses pieds » pour éduquer son regard et apprendre à composer ses photos.

La focale fixe offre aussi une ouverture large et constante, utile en faible lumière et pour détacher le sujet du fond. À l’inverse, un zoom d’entrée de gamme a souvent une ouverture glissante qui se ferme à mesure qu’on zoome, ce qui limite vite les possibilités dès que la lumière baisse.

Chez Fujifilm, je recommande deux focales pour commencer : le XF 23mm f/2 WR ou le XF 35mm f/2 WR. Le 23mm est plus polyvalent, adapté à la rue, au paysage urbain et au portrait environnemental. Le 35mm se prête mieux au portrait avec moins de déformation du visage et un cadrage plus resserré. C’est d’ailleurs l’équivalent du 50mm en plein format, l’optique de base des appareils argentiques de la grande époque.

Le choix entre les deux focales dépend surtout de ce qu’on aime photographier. Mais dans les deux cas, la règle reste la même : mieux vaut un seul bon objectif qu’on maîtrise plutôt qu’une collection de zooms qu’on n’utilise qu’à moitié.

Ces choix de matériel, je les partage aussi avec mes élèves à SUP PHOTO Bordeaux. Non pour vendre une marque mais parce qu’ils illustrent une idée simple : le bon appareil est celui qui correspond à sa propre manière de photographier, jamais celui qui coche le plus de cases sur une fiche technique.

Portrait professionnel d’un entrepreneur, regard naturel et expression authentique, photo réalisée par un photographe à Bordeaux
Photo RAW retouchée sur Capture One

FAQ

Faut-il un plein format pour bien débuter en photo ?

Non. Un APS-C bien maîtrisé produit d’excellents résultats et coûte moins cher à l’achat comme en objectifs. Le plein format devient pertinent plus tard, quand des besoins précis en basse lumière ou en profondeur de champ apparaissent.

Zoom ou focale fixe pour débuter ?

Une focale fixe à grande ouverture apprend à composer et offre une meilleure qualité d’image pour un budget équivalent. Un zoom apporte de la polyvalence mais impose souvent des compromis sur l’ouverture.

Pourquoi les photographes professionnels choisissent-ils Fujifilm ?

Pour l’ergonomie proche de l’argentique, les commandes physiques directes et la qualité des rendus colorimétriques, en JPEG comme en RAW.

Le format JPEG Fuji suffit-il pour un usage professionnel ?

Pour un usage personnel oui. Pour un usage professionnel, le RAW reste nécessaire afin de garder toute la marge de retouche, même si les rendus pellicule restent une référence au moment du traitement.