Ce que m’apprend une rentrée à SUP PHOTO

Chaque rentrée à SUP PHOTO, c'est la même scène qui recommence : de nouveaux visages, certains n'ont pas encore vraiment tenu un appareil photo entre les mains et moi qui dois trouver les mots pour expliquer ce qui, depuis longtemps, est devenu instinctif pour moi. Cette année encore, le premier cours m'a rappelé pourquoi j'aime autant enseigner que photographier.

Réapprendre à expliquer l’évidence

Le triangle d’exposition, la balance des blancs, la profondeur de champ : ces notions, je ne les pense plus, je les utilise tout simplement. Face à un groupe de ± débutants, il faut les redécomposer entièrement, retrouver les mots justes pour expliquer ce qui est devenu une évidence depuis longtemps pour moi.

Ce premier cours à SUP PHOTO m’a surtout confirmé une conviction : le vrai défi n’est pas d’enseigner la technique pour la technique. Dire « il faut connaître ça » à une génération habituée au scroll infini et au temps court, ça ne fonctionne plus. Ce qui capte leur attention, c’est de relier chaque réglage à une intention créative concrète. Vous faites du portrait et vous voulez un fond flou pour que votre sujet se détache ? Utilisez l’ouverture pour ça : choisissez une grande ouverture, donc un petit chiffre — et c’est justement là qu’ils se font tous piéger la première fois. La technique devient un outil au service d’une idée, pas une contrainte à ingurgiter.

Portrait en studio sur fond rose, éclairage doux — Boris Volck photographe Bordeaux
Réapprendre à expliquer l’évidence – Mettre une intention créative

Un exercice plutôt qu’un cours magistral

Plutôt que de dérouler l’information de façon descendante, j’ai préféré les mettre en mouvement dès ce premier cours, à la fois physiquement et intellectuellement. Trois exercices, enchaînés :

D’abord la profondeur de champ : chacun se place à un mètre de distance et fait varier l’ouverture, pour constater par lui-même comment le flou d’arrière-plan évolue. Ensuite la vitesse d’obturation : en binôme, l’un marche devant l’objectif de l’autre pendant que le photographe change sa vitesse et observe l’effet sur le mouvement figé ou filé. Enfin la mesure de lumière : photographier une feuille blanche, un objet noir, puis un portrait à contre-jour, pour voir comment réagit le posemètre de l’appareil face à des situations qui le piègent.

À chaque étape, je passe voir chaque étudiant, je les interroge sur ce qu’ils observent et sur ce que donnent leurs photos. Même les moins débutants du groupe apprécient l’exercice — une vraie remise à plat de leurs acquis, qu’ils en aient beaucoup ou très peu.

Flou de mouvement dans une scène de rue animée, illustration de la vitesse d'obturation — Boris Volck photographe
Scooters à Hanoï – Jouer sur la vitesse d’obturation

Un groupe, des niveaux, aucun mode d’emploi unique

Dès ce premier cours, une chose m’a frappé : l’hétérogénéité des niveaux dans le groupe. Certain·e·s n’ont jamais touché un appareil, d’autres arrivent avec déjà quelques bases. Il est encore trop tôt pour tirer de vraies conclusions sur cette promotion — mais cette diversité pose déjà le ton de l’année qui s’annonce : pas de méthode unique, une pédagogie à ajuster en continu.

Pourquoi je continue d’enseigner

Transmettre. Rester challengé, sortir de la routine d’un métier que je pratique depuis des années. Et construire, aussi, une légitimité différente de celle qu’on acquiert uniquement sur le terrain, séance après séance. Mon objectif avec ce groupe n’est pas d’en faire des artistes, mais des photographes professionnels — rigoureux, capables de justifier chaque choix technique. S’ils veulent développer une démarche artistique, ils le feront en parallèle ou après le BTS, à eux de le décider. Mon rôle est de leur donner les bases solides pour exercer ce métier. Mais bien sûr, je suis également là pour les challenger sur la créativité, l’artistique, leur culture photo à construire. Et croyez-moi la tâche est immense !

Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)

Je ne vais pas prétendre qu’enseigner à des débutants transforme directement ma façon de photographier mes clients : ce sont deux exercices bien distincts, avec des objectifs différents. Mais préparer ce premier cours m’a rendu plus exigeant avec moi-même sur mes propres attentes techniques et sur ma capacité à justifier chacun de mes choix, quels qu’ils soient. Rester dans cette dynamique de transmission, c’est aussi rester en veille, en mouvement — et cette rigueur-là, je crois qu’elle se ressent, même discrètement, dans le reste de mon travail.

Silhouettes en contre-jour devant l’église Saint Pierre – Mesure de la lumière

FAQ

Pourquoi Boris Volck enseigne-t-il la photographie en plus de son activité de photographe ?

Pour transmettre, rester challengé et construire une légitimité professionnelle complémentaire à son activité de photographe indépendant.

Où Boris Volck enseigne-t-il ?

Il enseigne à SUP PHOTO, école de photographie et communication à Bordeaux, dans le cadre du BTS Photographie 1ʳᵉ année.

Pourquoi Boris Volck enseigne-t-il la photographie en plus de son activité de photographe ?

Pour transmettre, se challenger et construire une légitimité professionnelle complémentaire à son activité de photographe indépendant.